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No more networking and.. What else ?

Á l’heure où David Cameron, le Premier Ministre de Grande-Bretagne lance la chasse aux sorcières émeutières de l’internet et des réseaux sociaux, deux chercheurs, Antonio Casili, chercheur à Telecom ParisTech et à l’EHESS de Paris, et Paola Tubaro, de l’Université de Greenwich et membre du CNRS, ont concluent à l’issue d’une étude rapide sur les effets de la censure du net et des moyens de communication électronique sur les émeutes, dans le cadre des violences en Grande-Bretagne que « plus les gouvernements cherchent à censurer les émeutiers pour les empêcher de communiquer entre eux, plus les émeutes sont durablement violentes. Au contraire, plus la liberté de communication est grande, plus les périodes de calme sont durables. » Ces chercheurs ont eu recours à une modélisation du comportement des foules lors de soulèvements civils réalisée par J.M. Epstein en 2002.

Alors bien évidemment, les observateurs des émeutes en Grande-Bretagne ont souligné le faible rôle joué par les réseaux sociaux. Par ailleurs, le bon sens populaire souligne que chacun sait que ce qui est interdit attise les convoitises comme l’alcool au temps de la prohibition aux États-Unis.

David Cameron fait gravement fausse route en portant atteinte aux libertés numériques par ses déclarations d’intention devant les Communes : « Lorsque des personnes utilisent les réseaux sociaux pour organiser des actes de violence, nous devons les arrêter (…) Nous travaillons donc avec la police, les services de renseignement et l’industrie high tech pour voir s’il serait souhaitable de bloquer les communications sur ces sites web et applications quand nous savons que des individus les utilisent pour attiser la violence, le désordre et la criminalité ». Il s’attaque aux principes de la liberté de communication et à la liberté d’expression qui s’ensuit.

En effet, c’est à peu près la même méthode de censure que celle utilisée par les régimes autoritaires arabes pour tenter – vainement – de contrôler les révoltes populaires en Tunisie, en Egypte, en Syrie ou en Lybie. C’est celle aussi que la Chine emploie pour lutter contre les dissidents au régime communiste à tel point que le Global Times qui est un « organe officiel très nationaliste » chinois a encensé le discours de Cameron dans une dépêche qui résume la pensée du régime : « La proposition de Cameron de bloquer les réseaux sociaux détruit le concept de liberté d’expression de l’Occident qui a toujours présenté une supériorité morale en critiquant les développements hésitants de la liberté sur Internet dans les pays en développement. […] »

C’est toute la légitimité démocratique de l’Europe qui est en jeu pour dénoncer la censure sur l’Internet ou l’écoute des communications mobiles dans les pays dictatoriaux comme l’Iran, la Corée du Nord par exemple.

David Cameron doit donc se garder de flatter la répression des dictateurs de la planète numérique.

Les émeutiers étaient sans doute pour beaucoup d’entre eux des voyous, et leur arrestation et condamnation au nom du maintien de l’ordre public une évidence nécessité mais pour autant David Cameron a-t-il raison de vouloir en profiter pour contrôler le Net quand on sait le peu d’impact qu’a eu Internet dans la révolution tunisienne comme le souligne le blog Meilcour dans des termes explicites :

«Oublions les outils. C’est un mix de blogs, de YouTube, de Twitter et de Facebook (moins) qui a permis la transmission, principalement à des media (ou assimilés, des leaders d’opinion ultra connectés en ligne). Ce n’est pas une révolution Twitter, ni Wikileaks. […] Twitter n’est pas vraiment utilisé en Tunisie. Les révélations de Wikileaks n’ont pas touché l’opinion publique tunisienne, lui apprenant des choses qu’elle savait déjà, d’une source lointaine, peu évoquée. […] Surtout, c’est une révolution qui trouve ses fondamentaux tellement ailleurs (faim, répression, corruption, inégalités…) que la place des media sociaux dans cette page d’histoire devrait moins nous intéresser que ce qui va maintenant advenir… »

David Cameron doit impérativement s’interroger sur les raisons profondes de ces émeutes et clairement identifier les émeutiers, qui sont-ils ? Des délinquants, des immigrés, des « indignés » ? Un peu tout à la fois ?

David Cameron doit aussi garder à l’esprit que de tout temps on n’a jamais pu empêcher la révolte des peuples désespérés sauf à le réduire au silence du goulag et du tombeau.

Bloquer, censurer, filtrer, couper ou dénaturer Internet n’auront d’autre effet que de rendre violents les non-violents. La résistance naît de l’étouffement des libertés fondamentales et elle est par essence inventive et polymorphe.

Laila Lalami, une romancière tunisienne installée en Californie, a posté un message sur Twitter qu’a rapporté le quotidien américain Los Angeles Times :

« S’il vous plaît, arrêtez d’attribuer le renversement de Ben Ali à Wikileaks ou Twitter ou YouTube. C’est le peuple tunisien qui l’a fait.»

 

Alors No more networking Mister Cameron and What else … ?

Anne-Marie Champoussin

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2 réflexions au sujet de « No more networking and.. What else ? »

  1. Excellent article.
    Cameron est un démago-populiste-ploutocrate qui, comme Nicolas Merkosky, doit trouver des boucs émissaires pour pallier à son absence totale de vision et rassurer ses maîtres, les marchés. Les gouvernements sont terrorisés par le 2.0, ayant pris la sale habitude de communiquer en 1.0, TV, radio, presse mainstream. Cela n’est pas sans rappeler l’interdiction de s’exprimer dans le métro de San Francisco
    No person shall conduct or participate in assemblies or demonstrations or engage in other expressive activities in the paid areas of BART stations, including BART cars and trains and BART station platforms.
    https://www.eff.org/deeplinks/2011/08/bart-pulls-mubarak-san-francisco

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