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Tout est ego et ça fait Bobo !

L’intelligence dans l’art de penser sert le dessein de celui qui s’en fait l’auteur en mettant l’accent sur l’implacable cohérence interne des propos ainsi déployés.

Il en résulte que l’intellectuel brillant sait et prétend à ce titre argumenter ses propos mais se trouve au final en position d’autiste vis-à-vis d’autres démarches intellectuelles opposantes et/ou dissidentes à la sienne. La nuance dissidente est la plus ardue car elle est posée par un tiers qui s’approprie un discours théorique en le dépassant. Ainsi elle induit un repli renforcé du penseur original pris dans le tourment de la contestation insidieuse.

En somme, l’intelligence de l’intellectuel est une expérience solitaire. Et ce qui ressort à mon sens discutable à l’article intitulé «The Dangers of Being Smart» (Tauriq Moosa on June 13, 2012, 7:21, Big Think) c’est que l’intelligence de la pensée qui y est décrite comporte le risque d’une fermeture sur soi, d’un nombrilisme encensé.

Par quelque digression, cela me renvoie à notre actualité politique contemporaine qui souffre à tel point d’une inféodation à l’économisme ambiant que les joutes des représentants parlementaires des partis politiques français majoritairement issus des professions libérales et intellectuelles supérieures (Alternatives Economiques, n°314, juin 2012, « Cumul des mandats : un mal français ! », p. 32) s’appauvrissent chaque jour davantage pour céder la place à la rhétorique de l’enfumage idéologique agrémenté çà et là par des insultes sur la place publique, des assignations en justice tous azimuts pour un mot douteux sur une affiche qui l’est tout autant, des tweets fielleux en guise de règlement de comptes personnels par dépit amoureux ou amitié trahie. L’instantanéité des médias numériques met en scène cette pitoyable dramaturgie qui place l’opinion publique comme spectateur en quelque sorte « capacitif » mais impuissant à se faire entendre autrement que par le vote sanction ou l’abstention. Le politique se vautre dans le nombrilisme le plus vulgaire à défaut de porter la contradiction dans la recherche de l’éthique de Jonas (Philosophe allemand 1903-1993, auteur de « Principe responsabilité », 1979) qui ambitionne de prendre en compte dans l’action non seulement l’intérêt d’autrui mais aussi celui des générations à venir. La démocratie ne survit jamais à la ploutocratie qui ouvre la voie à toutes les dérives démagogiques.

Or, comme le souligne Jean-Pierre Dupuy, philosophe, auteur de l’ouvrage «L’avenir de l’économie », Flammarion, février 2012, le politique se doit d’être un «mouvement d’autotranscendance par lequel un collectif humain se dépasse lui-même en se projetant dans l’avenir» (Alternatives Economiques, n°314, juin 2012, «Le politique est devenu le laquais des marchés», p.77). Le pouvoir politique ne l’est que «s’il fait signe vers un au-delà de la société».

Si «la politique de la France ne se fait pas à la corbeille» pour reprendre la célèbre phrase de De Gaulle en 1966, elle ne doit pas non plus se faire à hauteur de caleçon. Ni «laquais des marchés» ni esclave d’une pensée Bobo, il reste à souhaiter que l’intellectualisme politique retrouve la voie de cette autotranscendance en France comme partout ailleurs dans les sociétés à vocation démocratique.

Version en anglais de cet article ici 

Anne-Marie Champoussin

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3 réflexions au sujet de « Tout est ego et ça fait Bobo ! »

  1. Tribune : journalistes politiques, journalistes pathétiques
    Luc Chatel | Journaliste
    « On est vraiment pathétiques là… » Cet aveu désolé est signé Claude Askolovitch, journaliste au Point. Il a été prononcé mercredi 13 juin, sur Direct 8, lors d’un débat sur le désormais célébrissime tweet de Valérie Trierweiler. (…)
    A lire ici : http://www.rue89.com/rue89-politique/2012/06/16/tribune-journalistes-politiques-journalistes-pathetiques-233071

  2. Serge Halimi – Les Nouveaux Chiens de Garde [HD]
    Entretien de Daniel Mermet avec Serge Halimi, auteur des Nouveaux chiens de garde, aux éditions Raisons d’Agir.
    Les médias français se proclament « contre-pouvoir ». Mais la presse écrite et audiovisuelle est dominée par un journalisme de révérence, par des groupes industriels et financiers, par une pensée de marché, par des réseaux de connivence.
    Un petit groupe de journalistes omniprésents impose sa définition de l’information-marchandise, tels sont les nouveaux chiens de garde du système économique.
    Emission « Là-bas si j’y suis » diffusée le 15 décembre 2005 sur France Inter

    Vidéo ici : http://www.youtube.com/watch?v=o21qq4bvQ7c

  3. LES EDITOCRATES : un livre salutaire à lire absolument !
    Publié le 06 janvier 2010 par chatlibre

    « Ils sont partout, omniprésents, caméléons et multicartes ! Sept jours sur sept, douze mois par ans, sur toutes les ondes, tous les écrans et tous les supports écrits, ni vous ni moi ne pouvons leur échapper ! Leur odieuse petite musique emplit tout l’espace, et bien peu reste à ceux qui voudraient faire entendre autre chose que cette idéologie de droite néo-libérale et passablement réactionnaire, dont ils noient quotidiennement tous canaux médiatiques classiquement disponibles. Ce sont eux que Mona Chollet, Olivier Cyran, Sébastien Fontenelle et Mathias Reymond, appellent les « éditocrates », dans ce livre pamphlétaire mais très bien argumenté, que je porte aujourd’hui à voter attention.

    Quels que soient les horizons dont ils viennent (il n’est pas rare qu’il aient été communistes, voire gauchistes dans leur jeunesse), ils sont aujourd’hui les petits frères des riches, et à ce titre ils répandent avec constance et application, le prêt à penser des pouvoirs en place. Et puisque l’important pour eux est surtout de durer en servant quiconque est du côté du manche, le retournement de veste n’est communément pas le geste qui les gêne le plus.

    Leurs erreurs d’analyse, leurs bidonnages, leurs tripatouillages des faits, ou simples manquements graves à la plus élémentaire déontologie de leur métier, sont innombrables ! Mais ils n’ont rien à craindre de ces embardées, qu’ils se permettent avec d’autant moins de scrupules, qu’après avoir été pris tant de fois la main dans le sac de la tricherie ou de l’erreur grossière, c’est quand même à eux qu’invariablement on continue de tendre les micros, pour qu’ils continuent de nous abreuver de ces vues soient disant pénétrantes, mais que les faits contredisent néanmoins régulièrement !

    Quel est le métier de ces gens là ? Répandre consciencieusement l’idéologie des dominants et fabriquer du « consentement » populaire. Consentement aux régressions sociales en cours, consentement au maintien d’un système politique profondément inégalitaire, consentement aux aberrantes et très meurtrières guerres, que mène l’occident capitaliste pour façonner le monde à son image (Irak, Afghanistan, ..). »

    (…)

    « Les Editocrates » – Editions LA DECOUVERTE

    Source : http://chatlibre.blog.lemonde.fr/2010/01/06/les-editocrates-un-livre-salutaire-a-lire-absolument/

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